Sujet 75
L'Assommoir : Chapitre 7 (La Grande Bouffe)
Zola dans son devoir de romancier
naturaliste narre "L'histoire Naturelle et
Sociale d'une famille sous le Second Empire"
ainsi que l'indique le sous-titre donné à
l'ensemble de son oeuvre sur les
Rougon-Macquarts. Zola y dresse une grande
fresque romanesque qui se réclame de
l'esthétique naturaliste, notamment dans
l'Assommoir. L'épisode de "La grande bouffe"
constitue alors une des scènes primordiales du
roman : en effet, considérée comme obscène, la
nourriture est l'un des thèmes majeurs de
l'esthétique réaliste : elles exprime les
besoins fondamentaux de l'homme. En outre,
l'écriture de Zola met le lecteur de plain-pied
avec cette "grande bouffe", jusqu'à la nausée,
d'abord par sa ...
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Sujet 100
Émile Zola : extrait de La Terre
Ainsi, la Beauce, devant lui, déroula sa
verdure, de novembre à juillet, depuis le moment
où les pointes vertes se montrent, jusqu'à celui
où les hautes tiges jaunissent. Sans sortir de
sa maison, il la désirait sous ses yeux, il
avait débarricadé la fenêtre de la cuisine,
celle de derrière, qui donnait sur la plaine; et
il se plantait là, il voyait dix lieues de pays,
la nappe immense, élargie, toute nue, sous la
rondeur du ciel. Pas un arbre, rien que des
poteaux télégraphiques de la route de Châteaudun
à Orléans, filant droit, à perte de vue.
D'abord, dans les grands carrés de terre brune,
au ras du sol, il n'y eut qu'une ombre verdâtre,
à peine sensible. Puis, ce vert tendre
s'accentua, des pans de velours vert, d'un ton
presque uniforme. Puis les brins montèrent et
s'épaissirent, chaque plante prit sa nuance, il
distingua de loin le vert jaune du blé, le vert
bleu de l'avoine, le vert gris du seigle, des
pièces à l'infini, étalées dans tous les sens,
parmi les plaques rouges des trèfles incarnats.
C'était l'époque où la Beauce est belle de sa
jeunesse, ainsi vêtue de printemps, unie et
fraîche à l'oeil, en sa monotonie. Les tiges
grandirent encore, et ce fut la mer, la mer des
céréales, roulante, profonde, sans bornes. Le
matin, par les beaux temps, un brouillard rose
s'envolait. A mesure que montait le soleil, dans
l'air limpide, une brise soufflait par grandes
haleines régulières, creusant les champs d'une
houle, qui partait de l'horizon, se prolongeait,
allait mourir à l'autre bout. Un. vacillement
pâlissait les teintes, des moires de vieil or
couraient le long des blés, les avoines
bleuissaient, tandis que les seigles frémissants
avaient des reflets violâtres. Continuellement,
une ondulation succédait à une autre, l'éternel
flux battait sous le vent du large. Quand le
soir tombait, des façades lointaines, vivement
éclairées, étaient comme des voiles blanches,
des clochers émergeant plantaient des mâts,
derrière des plis de terrain. Il faisait froid,
les ténèbres élargissaient cette sensation
humide et murmurante de pleine mer, un bois
lointain s'évanouissait, pareil à la tache
perdue d'un continent.
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Sujet 146
La Curée - Emile Zola - Chapitre V
Un soir, ils allèrent ensemble au
Théâtre-Italien. Ils n'avaient seulement pas
regardé l'affiche. Ils voulaient voir une grande
tragédienne italienne, la Ristori, qui faisait
alors courir tout Paris, et à laquelle la mode
leur commandait de s'intéresser. On donnait
Phèdre. Il se rappelait assez son répertoire
classique, elle savait assez d'italien pour
suivre la pièce. Et même ce drame leur causa une
émotion particulière, dans cette langue
étrangère dont les sonorités leur semblaient,
par moments, un simple accompagnement
d'orchestre soutenant la mimique des acteurs.
Hippolyte était un grand garçon pâle, très
médiocre, qui pleurait son rôle. « Quel godiche
! » murmurait Maxime. Mais la Ristori, avec ses
fortes épaules secouées par les sanglots, avec
sa face tragique et ses gros bras, remuait
profondément Renée. Phèdre était du sang de
Pasiphaé, et elle se demandait de quel sang elle
pouvait être, elle, l'incestueuse des temps
nouveaux. Elle ne voyait de la pièce que cette
grande femme traînant sur les planches le crime
antique. Au premier acte, quand Phèdre fait à
Oenone la confidence de sa tendresse criminelle
; au second, lorsqu'elle se déclare, toute
brûlante, à Hippolyte ; et, plus tard, au
quatrième, lorsque le retour de Thésée
l'accable, et qu'elle se maudit, dans une crise
de fureur sombre, elle emplissait la salle d'un
tel cri de passion fauve, d'un tel besoin de
volupté surhumaine, que la jeune femme sentait
passer sur sa chair chaque frisson de son désir
et de ses remords. « Attends, murmurait Maxime à
son oreille, tu vas entendre le récit de
Théramène. Il a une bonne tête le vieux ! » Et
il murmura d'une voix creuse : À peine nous
sortions des portes de Trézène, Il était sur son
char... Mais Renée, quand le vieux parla, ne
regarda plus, n'écouta plus. Le lustre
l'aveuglait, des chaleurs étouffantes lui
venaient de toutes ces faces pâles tendues vers
la scène. Le monologue continuait, interminable.
Elle était dans la serre, sous les feuillages
ardents, et elle rêvait que son mari entrait, la
surprenait aux bras de son fils. Elle souffrait
horriblement, elle perdait connaissance, quand
le dernier râle de Phèdre, repentante et mourant
dans les convulsions du poison, lui fit rouvrir
les yeux. La toile tombait. Aurait-elle la force
de s'empoisonner, un jour? Comme son drame était
mesquin et honteux à côté de l'épopée antique !
Et tandis que Maxime lui nouait sous le menton
sa sortie de théâtre, elle entendait encore
gronder derrière elle cette rude voix de la
Ristori, à laquelle répondait le murmure
complaisant d'Œnone. Dans le coupé, le jeune
homme causa tout seul, il trouvait en général la
tragédie « assommante », et préférait les pièces
des Bouffes. Cependant Phèdre était « corsée ».
Il s'y était intéressé, parce que... Et il serra
la main de Renée, pour compléter sa pensée. Puis
une idée drôle lui passa par la tête, et il céda
à l'envie de faire un mot : « C'est moi,
murmura-t-il, qui avais raison de ne pas
m'approcher de la mer, à Trouville. »
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