Sujet 261
Le baiser de Roxane (Rostand, Cyrano de
Bergerac, 1897, Acte III, scène 10)
CYRANO — Baiser. Le mot est doux ! Je ne vois
pas pourquoi votre lèvre ne l'ose ; S'il la
brûle déjà, que sera-ce la chose ? [...] ROXANE
— Taisez-vous ! CYRANO — Un baiser, mais à tout
prendre, qu'est-ce ? Un serment fait d'un peu
plus près, une promesse Plus précise, un aveu
qui veut se confirmer, Un point rose qu'on met
sur l'i du verbe aimer ; C'est un secret qui
prend la bouche pour oreille, Un instant
d'infini qui fait un bruit d'abeille, Une
communion ayant un goût de fleur, Une façon d'un
peu se respirer le coeur, Et d'un peu se goûter,
au bord des lèvres, l'âme ! ROXANE --
Taisez-vous ! CYRANO — Un baiser, c'est si
noble, madame, Que la reine de France, au plus
heureux des lords, En a laissé prendre un, la
reine même ! ROXANE --- Alors ! CYRANO,
s'exaltant. — J'eus comme Buckingham des
souffrances muettes, J'adore comme lui la reine
que vous êtes, Comme lui je suis triste et
fidèle... ROXANE — Et tu es... Beau comme lui !
CYRANO, à part, dégrisé. — C'est vrai, je suis
beau, j'oubliais ! ROXANE — Eh bien ! montez
cueillir cette fleur sans pareille... CYRANO ..
poussant Christian vers le balcon -- Monte
ROXANE -- Ce goût de coeur... CYRANO — Monte !
ROXANE — Ce bruit d'abeille... CYRANO — Monte !
CHRISTIAN, hésitant — Mais il me semble, à
présent, que c'est mal ! ROXANE — Cet instant
d'infini !... CYRANO — Monte donc, animal !
Christian s'élance, et par le banc, le
feuillage, les piliers, atteint les balustres
qu'il enjambe. CHRISTIAN — Ah ! Roxane ! Il
l'enlace et se penche sur ses lèvres. CYRANO —
Aïe ! au coeur, quel pincement bizarre ! Baiser,
festin d'amour, dont je suis le Lazare !
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