Sujet 254
Brise marine (Mallarmé, Poésies, 1865)
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les
livres. Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des
oiseaux sont ivres D'être parmi l'écume inconnue
et les cieux ! Rien, ni les vieux jardins
reflétés par les yeux Ne retiendra ce coeur qui
dans la mer se trempe Ô nuits ! ni la clarté
déserte de ma lampe Sur le vide papier que la
blancheur défend Et ni la jeune femme allaitant
son enfant. Je partirai ! Steamer balançant ta
mâture, Lève l'ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs, Croit
encore à l'adieu suprême des mouchoirs ! Et,
peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les
naufrages Perdus, sans mâts, sans mâts, ni
fertiles îlots... Mais, ô mon coeur, entends le
chant des matelots !
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