Sujet 115
Jules Laforgue : « Désolations »
Dans ces jours de grand vent où rage tout
l'automne, Loin des nefs aux vitraux plaintifs,
loin des concerts, Je m'en vais par les bois
solennels et déserts, Chantant des vers d'adieu
d'une voix monotone. Des vers, des vers d'adieu
qui disent en rêvant Les spleens chastes du
Christ et des grandes victimes, Aux chênes
incompris échevelant leurs cimes Dans la plainte
éternelle et les grands deuils du vent. Oh !
qu'il est éternel le vent dans les grands chênes
! C'est comme un hosannah de désolations Qui
passe, puis s'apaise en lamentations Sans fin,
dans des rumeurs de cascades lointaines, Si
lointaines! Et moi, je ne veux pas savoir Que
ces sabbats rageurs sont mon apothéose, Et que
tous ces sanglots cherchent le coeur des choses,
Et, ne le trouvant pas, hurlent leur désespoir,
Mais qui m'aime? Seul, seul. O psaumes de
rafales, Prenez-le donc mon coeur! et, plus haut
que l'écho, Brisez ce violon du terrestre
sanglot Dans vos déchaînements de clameurs
triomphales !
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