Écrivain français (Paris 1840-Paris 1902).
La vie et l'apparition de l'œuvre
1840-1858
Émile Édouard Charles Antoine Zola naît le
2 avril 1840 à Paris, 10, rue Saint-Joseph. Il
est le fils de François Zola (1795-1847), qui,
né à Venise, a fait ses études à Padoue, a été
officier d'artillerie, est venu en France pour
échapper à la domination autrichienne et, après
avoir été officier de la Légion étrangère en
Algérie (1831-1832), s'est installé à Marseille
comme ingénieur civil. Au cours d'un voyage à
Paris, François Zola a remarqué et épousé (en
1839) Émilie Aubert, fille d'un artisan
peintre-vitrier et d'une couturière, Louis et
Henriette Aubert, d'origine beauceronne.
En 1843, les Zola s'installent à
Aix-en-Provence ; François Zola, après de
multiples démarches, va réaliser le projet déjà
ancien d'un barrage de retenue des eaux dans la
gorge des Infernets et d'un canal destiné à
alimenter en eau la ville d'Aix. Louis et
Henriette Aubert rejoignent leurs enfants en
mars 1845. La même année, le jeune Émile Zola
voyage à Paris avec sa mère ; ils feront un
nouveau séjour à Paris en juillet-août 1846. Le
27 mars 1847, François Zola meurt à Marseille
des complications d'une pneumonie qui l'a saisi
sur le chantier du canal. Sa veuve, spoliée par
d'habiles hommes d'affaires, se débattra sans
succès, pendant plus de dix ans, dans le
règlement des affaires de la Société du canal
Zola. La famille connaîtra désormais la gêne
matérielle.
Tandis qu'à Paris la monarchie de Juillet
s'effondre et qu'après quatre ans la IIe
République disparaît à son tour à la suite du
coup d'État du 2 décembre 1851, le jeune Émile
Zola, à Aix, est d'abord élève de la pension
Notre-Dame, où il a pour camarades Marius Roux
et Philippe Solari, puis, à partir
d'octobre 1852, du collège Bourbon, où il est
entré en huitième comme pensionnaire. En 1853,
il entre en sixième comme demi-pensionnaire.
L'année suivante, il va voir défiler sur le
cours Mirabeau les troupes qui partent pour la
Crimée. Au collège Bourbon, il a pour amis Paul
Cézanne, fils du banquier Louis Cézanne, et
Jean-Baptistin Baille, fils d'un aubergiste,
tous deux plus avancés que lui d'une classe. En
quatrième et en troisième, dans la section
latin-sciences, il remporte des succès scolaires
en toutes matières. Il lit Hugo et Musset, écrit
des vers, un roman sur les croisades, une
comédie en trois actes et en vers, Enfoncé le
pion ! Ces textes ont disparu. Ensuite il joue
de la clarinette dans la fanfare du collège,
participe aux processions de la Fête-Dieu, va
voir les drames et les opéras romantiques, fait
de mémorables parties de nage et de chasse dans
la campagne aixoise avec ses deux amis : les
souvenirs de cette période abondent dans les
Nouveaux Contes à Ninon et dans l'Œuvre.
Mais, en novembre 1857, Henriette Aubert, sa
grand-mère, meurt. Aix est de plus en plus
inhospitalière pour les Zola. Émilie Zola part
pour Paris à la recherche de protections dans
son interminable procès. En février 1858, elle
appelle à ses côtés son père et son fils. La
période aixoise est terminée, non sans
déchirement pour l'adolescent, qui abandonne ses
amis et un paysage aimé.
1858-1861
À Paris, Émile Zola entre en seconde au lycée
Saint-Louis grâce à la recommandation d'un ami
de son père, Maître Labot. Le dépaysement est
peu favorable à ses travaux scolaires. Émile
échange de longues lettres avec Cézanne et
Baille, et écrit des vers. L'été venu, il part
pour Aix, où il passe plusieurs semaines. Au
retour, en octobre, il est atteint d'une fièvre
typhoïde. En 1859, il est élève de rhétorique au
lycée Saint-Louis. La Provence, journal d'Aix,
publie le poème qu'il a écrit à la mémoire de
son père, le Canal Zola. En août, Émile échoue
au baccalauréat. Après de nouvelles vacances à
Aix, il abandonne ses études. Son grand-père
Louis Aubert meurt en 1860. Le jeune homme mène
une vie pauvre, oisive et insouciante. D'avril à
juin 1860, il travaille comme employé à
l'Administration des docks, puis retourne à la
bohème. Il compose un long poème, Paolo, et
continue une correspondance suivie avec Cézanne
et Baille. L'hiver de 1860-1861 est difficile.
Zola connaît des moments de misère, physique et
morale, qu'aggrave une malheureuse aventure avec
une prostituée dont on ne connaît que le prénom,
Berthe, et qui a servi de modèle pour le
personnage de Laurence dans la Confession de
Claude. Il lit Molière et Montaigne, écrit un
poème, l'Aérienne, inspiré, semble-t-il, par le
souvenir d'une idylle vécue à Aix pendant l'été
de 1860. Il visite le Salon avec Cézanne. Il
cherche en vain un emploi. Des centaines de vers
écrits depuis 1858, il ne nous reste aujourd'hui
que quelques poèmes.
1862-1868
Les anciennes relations de son père le tirent
d'affaires une fois de plus. M. Boudet, membre
de l'Académie de médecine, le fait entrer le
1er février 1862 chez l'éditeur Louis Hachette
comme commis, d'abord au bureau des expéditions,
puis au bureau de la publicité, dont il
deviendra l'année suivante le responsable. Cet
emploi lui permettra de concilier les nécessités
de la vie quotidienne et les exigences de sa
vocation littéraire. Pendant l'été, Zola écrit
trois des futurs Contes à Ninon. Le
31 octobre 1862, il est naturalisé français.
Ayant tiré au sort un bon numéro et, au surplus,
étant fils de veuve, il ne fera pas de service
militaire.
En 1863, il se détourne des vers sur le conseil,
dit-on, de Louis Hachette. Il publie deux Contes
à Ninette dans la Revue du mois (avril et
octobre) et des articles de critique dans le
Journal populaire de Lille (hiver 1863-1864). Il
lit Stendhal et Flaubert, et affirme sa
sympathie littéraire pour le réalisme. Il
prépare pour un rédacteur de la Revue de
l'Instruction publique le compte rendu des
« Conférences de la rue de la Paix » sur Lesage,
Shakespeare, Aristophane, La Bruyère, Michelet,
Molière, etc. En décembre 1864 paraît son
premier livre, les Contes à Ninon (chez Hetzel),
où se côtoient des légendes candides, des
visions fantastiques, une nouvelle sur le thème
de la partie de campagne et un conte satirique
de plus longue haleine.
En 1865, Zola rencontre Gabrielle Alexandrine
Meley, qui devient sa maîtresse et qu'il
épousera le 31 mai 1870. Il découvre les
Goncourt avec Germinie Lacerteux, lit Taine et
Balzac, reçoit le jeudi soir, dans son logement
du 142, boulevard Montparnasse, ses amis aixois,
Cézanne, Baille, Marius Roux, le sculpteur
Philippe Solari. Son emploi chez Hachette, ses
Contes à Ninon l'ont fait connaître dans les
milieux de la presse et des lettres. Il
collabore au Petit Journal, au Salut public de
Lyon, au Figaro. Sa doctrine littéraire mûrit.
Il définit l'œuvre d'art, dans ses articles,
comme « un coin de la nature vu à travers un
tempérament ». Il réclame « qu'on applique à la
scène cet amour d'analyse et de psychologie que
nous donne en ce moment une génération nouvelle
de romanciers » (le Salut public, 25 juin 1865).
Il écrit la Laide, comédie en un acte en prose,
puis Madeleine, drame en trois actes en prose :
ces deux pièces, refusées par les directeurs de
théâtre malgré l'appui d'Adolphe Belot,
resteront longtemps inédites. Mais en novembre
paraît son premier roman, la Confession de
Claude, roman d'un amour bafoué où passe le
souvenir de Berthe et qu'il préparait depuis
1862.
Le 31 janvier de l'année suivante, Zola quitte
la Librairie Hachette. Il ne vivra plus
désormais que de sa plume. Il entre, comme
courriériste littéraire (les Livres
d'aujourd'hui et de demain), à l'Événement,
journal fondé le 1er novembre 1865 par le
directeur du Figaro, Hippolyte de Villemessant ;
il y reste jusqu'au 15 novembre, date de la
suppression du journal. Dans l'Événement, il
publie également en avril-mai 1866 un Salon, qui
fait scandale par son éloge vibrant de Manet. Il
séjourne à Bennecourt, au bord de la Seine, près
de Mantes, avec Cézanne, qui y peint plusieurs
toiles. Il continue à s'enthousiasmer pour
Balzac. Il collabore au Salut public de Lyon, au
Grand Journal et au Figaro, où il publie
notamment des chroniques en forme de nouvelles.
En juin paraissent Mes haines et Mon salon ; en
novembre, c'est un roman feuilleton écrit pour
l'Événement, le Vœu d'une morte, et, en
décembre, une étude sur l'esthétique du roman,
Deux Définitions du roman (Annales du Congrès
scientifique de France).
Le 1er janvier 1867 paraît une étude sur Édouard
Manet dans la Revue du XIXe siècle, dirigée par
Arsène Houssaye ; Zola la publiera en brochure
en juin. Il collabore irrégulièrement au Figaro.
Sans emploi fixe dans la presse, il vit de
nouveau dans la gêne. Mais son réseau d'amis
s'est accru : les peintres Antoine Guillemet,
Manet, Pissaro, l'écrivain Duranty. Il écrit, à
deux sous la ligne, pour répondre aux besoins
quotidiens, un roman qui paraît dans le Messager
de Provence, journal d'Aix, puis en librairie,
les Mystères de Marseille (1867-1868), inspirés
d'un fait divers authentique dont le directeur
du Messager lui a fourni les éléments. « Il me
fallait gagner ma vie, puisque je n'étais pas né
à la littérature avec des rentes. » Des Mystères
de Marseille, Zola et Marius Roux tirent un
drame qui est joué à Marseille en octobre et
dont le texte s'est perdu. En décembre paraît
Thérèse Raquin : « Étant donné un homme puissant
et une femme inassouvie, chercher en eux la
bête, ne voir même que la bête, les jeter dans
un drame violent, et noter scrupuleusement les
sensations et les actes de ces êtres. » Louis
Ulbach, dans le Figaro, qualifie ce roman de
« littérature putride », ce qui amène Zola à
définir la méthode du roman naturaliste et à en
défendre la moralité dans sa Préface à la
seconde édition (avril 1868).
Zola lit la Physiologie des passions, du docteur
Letourneau, qui lui servira à bâtir le projet
des Rougon-Macquart. Il écrit des chroniques sur
les faits divers, l'actualité politique et
littéraire, le Salon de peinture pour
l'Événement illustré. Il collabore également au
Globe et à la Tribune, hebdomadaire d'opposition
qui s'est fondé en juin 1868, après promulgation
de la loi libéralisant le régime de la presse.
Il rassemble ses premières notes pour l'Histoire
d'une famille en dix volumes, noue des relations
amicales avec les Goncourt (novembre) et publie
en décembre Madeleine Férat, second roman
physiologique sur le thème de
l'« imprégnation », qu'il a trouvé chez Michelet
(l'Amour, la Femme) et chez le docteur Lucas
(Traité de l'hérédité naturelle).
1869-1871
Zola reçoit Paul Alexis, arrivé d'Aix et qui
deviendra un de ses amis les plus proches. Il
collabore au Gaulois (reprise des Livres
d'aujourd'hui et de demain), au Rappel et à la
Tribune, s'affirmant ainsi de plus en plus comme
un journaliste d'opposition. Le projet des
Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale
d'une famille sous le second Empire, est accepté
par l'éditeur Albert Lacroix. Zola voudrait en
faire pour la société du second Empire ce qu'a
été la Comédie humaine, de Balzac, pour celle de
la Restauration. Il prépare la Fortune des
Rougon. En 1870, il publie de violents articles
de satire politique dans le Rappel et la Cloche,
en les mêlant de quelques chroniques littéraires
(sur Balzac, Jules de Goncourt). La Fortune des
Rougon paraît dans le Siècle et est interrompue
par la guerre. Zola a commencé à écrire la
Curée. Le 7 septembre, il part pour Marseille
avec sa femme et sa mère afin d'échapper au
siège de Paris. Il fonde avec Marius Roux un
quotidien, la Marseillaise, qui ne vit que
quelques semaines. Il cherche en vain à se faire
nommer sous-préfet par la délégation générale du
gouvernement de Défense nationale, qu'il va
rejoindre à Bordeaux le 11 décembre ; mais, le
21 décembre, il est nommé secrétaire d'un membre
de la délégation, Glais-Bizoin. Après l'élection
(8 février 1871) de l'Assemblée nationale, qui
siège à Bordeaux, il devient chroniqueur
parlementaire de la Cloche. Il rentre à Paris le
14 mars 1871, tandis que l'Assemblée va siéger à
Versailles. Pendant la Commune, il est partagé
entre sa sympathie pour le peuple de Paris et le
soutien qu'il pense devoir apporter à Thiers,
devenu président de la République, en qui il
voit le seul homme politique capable d'imposer
la république à une majorité parlementaire
monarchiste. Cependant, craignant d'être arrêté
comme otage, il va passer la fin du mois de mai
à Bennecourt. Il envoie des chroniques au
Sémaphore de Marseille en même temps qu'à la
Cloche : c'est là qu'on peut trouver son
reportage de l'atroce répression qui suivit la
défaite de la Commune et, plus tard, le reflet
de la vie politique, de la vie parisienne et des
arts. En octobre paraît la Fortune des Rougon,
qui raconte la résistance des républicains du
Var au coup d'État du 2 décembre 1851 et les
débuts, à la faveur du coup de force
bonapartiste, de l'ascension politique et
sociale des Rougon, bourgeois de Plassans (qui
n'est autre qu'Aix-en-Provence). En novembre, le
parquet de la Seine interrompt la publication de
la Curée en feuilleton dans la Cloche : le
volume paraît en janvier 1872. Zola y dépeint
les amours adultères de Renée Saccard et de son
beau-fils Maxime, tandis qu'Aristide Saccard
(pseudonyme de Rougon) s'enrichit en spéculant
sur les transformations de Paris : curée de la
chair et curée de l'or.
1872-1877
Zola fréquente désormais Flaubert, Alphonse
Daudet, Edmond de Goncourt, le romancier russe
Tourgueniev. L'éditeur G. Charpentier rachète
les droits des Rougon-Macquart pour cinq cents
francs par mois. Il réédite la Fortune des
Rougon et la Curée, et publie en mai 1873 le
Ventre de Paris, qui dépeint dans l'univers
grouillant des Halles la petite-bourgeoisie
commerçante « digérant, ruminant, cuvant en paix
ses joies et ses honnêtetés moyennes »,
personnifiée par Lisa Macquart, la plantureuse
charcutière. Les Gras, satisfaits de l'Empire,
triomphent des Maigres, qui rêvent de changer
l'ordre du monde. Zola est un Maigre : son
article du 22 décembre 1872 dans le Corsaire, où
il raillait l'avidité cynique des monarchistes,
a fait interdire le journal, l'a rendu suspect
au gouvernement de Thiers, puis à celui de
Mac-Mahon, et lui a fermé les journaux
parisiens : à part une série de comptes rendus
dramatiques dans l'Avenir national, Zola n'écrit
plus que dans le Sémaphore de Marseille,
d'ailleurs sans signer ses articles, qui
resteront pour la plupart inédits. En
juillet 1873, le drame qu'il a tiré de Thérèse
Raquin a neuf représentations au théâtre de la
Renaissance.
En juin 1874 paraît la Conquête de Plassans,
quatrième roman du cycle des Rougon-Macquart :
les bonapartistes colonisent Plassans par
l'intermédiaire de l'abbé Faujas et avec l'appui
des Rougon. En novembre paraissent les Nouveaux
Contes à Ninon, recueil de récits publiés dans
la presse depuis 1866. Le 3 novembre, le théâtre
Cluny représente les Héritiers Rabourdin,
comédie en trois actes inspirée de Volpone, de
Ben Jonson. À partir de mars 1875 jusqu'en
décembre 1880, Zola envoie une chronique
mensuelle (Lettres de Paris) au Messager de
l'Europe, revue d'esprit libéral paraissant à
Saint-Pétersbourg : études littéraires et
sociales, comptes rendus des Salons de peinture,
extraits de ses romans, nouvelles analyses de
l'actualité théâtrale. La Faute de l'abbé Mouret
paraît en avril : c'est le roman du prêtre
amoureux, opposant à la stérilité meurtrière de
la religion la fécondité grouillante de la
terre. Les Zola passent leurs vacances d'été à
Saint-Aubin-sur-Mer. Le 10 avril 1876, Zola
inaugure une longue collaboration au Bien public
en qualité de critique dramatique, tandis que
l'Assommoir commence à faire scandale par son
sujet (l'alcoolisme, la liberté des mœurs dans
les milieux populaires de Paris) et par son
langage, qui stylise le parler argotique des
faubourgs. Mais le livre est un grand succès de
librairie et apporte à Zola l'aisance et la
notoriété. Désormais, Charpentier lui verse des
droits d'auteur proportionnels à la vente ; il
publiera toutes ses œuvres, d'abord seul, puis
plus tard en association avec Eugène Fasquelle.
Zola est le romancier le plus discuté, le plus
caricaturé de Paris, et le chef du
« naturalisme ». Il a envoyé son livre à
Flaubert avec cette dédicace : « En haine du
goût. »
1878-1885
Le succès de l'Assommoir a permis aux Zola de
s'installer 23, rue de Boulogne (aujourd'hui rue
Ballu). Au printemps de 1878, ils achètent une
maison à Médan (9 000 F) ; ils y passeront
désormais plusieurs mois par an et y recevront
les amis et les jeunes admirateurs de Zola : J.
K. Huysmans, Henry Céard, Léon Hennique,
Maupassant. L'écrivain continue à publier dans
le Bien public, puis dans le Voltaire, qui lui
succède à partir de juillet 1878, des articles
hebdomadaires où il expose ses thèses sur
l'esthétique du roman et du théâtre. En
avril 1878 paraît Une page d'amour, roman
psychologique dont l'action se déroule dans les
appartements cossus de Passy et dont Paris, avec
l'océan de ses toitures, « est un des
personnages, quelque chose comme le chœur
antique ». Le 6 mai, Zola fait jouer un
vaudeville, le Bouton de rose, au Palais-Royal ;
à partir du 18 janvier 1879, l'Ambigu représente
un drame tiré de l'Assommoir par William Busnach
et Octave Gastineau. Nana, publié d'abord en
feuilleton dans le Voltaire, puis chez
Charpentier en mars 1880, déclenche un nouveau
tapage. La critique, pudibonde et envieuse,
s'insurge, mais Flaubert trouve à Zola « du
génie ». Il mourra deux mois plus tard, au grand
chagrin de Zola. Cependant, celui-ci commence à
réunir les études critiques qu'il a publiées
depuis cinq ans à Paris et à Saint-Pétersbourg,
et publie chez Charpentier le Roman expérimental
(1880), les Romanciers naturalistes (1881), le
Naturalisme au théâtre (1881), Nos auteurs
dramatiques (1881), Documents littéraires
(1881). De septembre 1880 à septembre 1881, il
mène une campagne hebdomadaire dans le Figaro,
sur des thèmes tantôt politiques (critique du
système parlementaire) et tantôt littéraires
(défense du naturalisme, à travers ses propres
œuvres et celles de Céard, de Huysmans,
d'Alexis, de Maupassant). Le recueil de ses
articles paraît en janvier 1882 sous le titre
d'Une campagne. Le 29 janvier 1881, Nana, pièce
en cinq actes adaptée du roman par William
Busnach, connaît le succès à l'Ambigu. En
avril 1882 paraît Pot-Bouille, chronique
grinçante des mœurs bourgeoises. En novembre, le
Capitaine Burle recueille une partie des
nouvelles données au Messager de l'Europe. Au
Bonheur des dames (mars 1883), roman des grands
magasins, apparaît, par son principal
personnage, Octave Mouret, comme une suite de
Pot-Bouille. Un second recueil de nouvelles,
Naïs Micoulin, paraît en novembre. Le
13 décembre, première, à l'Ambigu, de
Pot-Bouille, pièce en cinq actes de W. Busnach.
Du 23 février au 3 mars 1885, Zola séjourne à
Anzin, où il visite les corons, descend au fond
de la mine pour préparer Germinal. En mars, il
publie la Joie de vivre, dont le héros, Lazare
Chanteau, lui doit beaucoup de ses angoisses, de
ses tristesses, de ses superstitions même, mais
où, malgré tout, il tente de combattre les
thèses du pessimisme contemporain. En août 1884
et en août 1885, les Zola séjournent au
Mont-Dore, d'où l'écrivain rapporte des notes
pour un roman sur les villes d'eau, qui ne sera
jamais écrit. Germinal, qui dépeint la vie et
les luttes des mineurs du Nord et raconte la
préparation, le déroulement et l'issue tragique
d'une grève, paraît en mars 1885. L'adaptation
du roman à la scène se heurte à la censure, que
Zola stigmatise, en octobre-novembre, dans le
Figaro.
1886-1888
Mars 1886 : l'Œuvre, dont le héros, le peintre
Claude Lantier, se tue par désespoir de ne pas
réaliser son rêve d'art. On a cru reconnaître
comme modèles possibles, selon les divers
épisodes, les peintres Paul Cézanne, Édouard
Manet, Claude Monet, André Gill, l'écrivain
Duranty. Zola y évoque ses propres débuts à
travers le personnage de Sandoz. Le
25 février 1887, le théâtre de Paris joue le
Ventre de Paris, drame en cinq actes de W.
Busnach ; le Théâtre-Libre, dirigé par Antoine,
donne le 30 mars Jacques Damour, pièce en un
acte tirée d'une nouvelle de Zola par Léon
Hennique ; le 16 avril, Renée, pièce tirée de la
Curée par Émile Zola, est jouée au Vaudeville ;
la critique l'accueille avec sévérité, comme
toutes les pièces précédentes de Zola. Tandis
que la Terre paraît en feuilleton dans le Gil
Blas, cinq écrivains de second rang (Paul
Bonnetain, Lucien Descaves, Gustave Guiches,
Rosny aîné, Paul Margueritte) publient contre
Zola un violent manifeste dans le Figaro du
18 août, en se donnant pour des disciples
écœurés par « son violent parti pris
d'obscénité ». On soupçonne Goncourt et Daudet
de les avoir encouragés. Zola s'abstient de
répondre. Le 23 décembre, le Théâtre-Libre donne
Tout pour l'honneur, drame en un acte tiré du
Capitaine Burle par Henry Céard. Le
21 avril 1888, Germinal, drame en cinq actes de
W. Busnach, est joué au Châtelet. Le 14 juillet,
Zola est fait chevalier de la Légion d'honneur.
En octobre paraît le Rêve, qui est resté
longtemps, en raison de son sujet – l'histoire
d'une jeune fille mystique dans un décor de
conte – la seule œuvre de Zola qu'on acceptât
dans les milieux bien pensants. Dans l'été de
1888, Zola s'est épris d'une jeune lingère qui
travaillait à Médan, Jeanne Rozerot : elle
devient sa maîtresse le 11 décembre 1888. Il
vivra désormais une double vie, déchiré entre
une affection inaltérable pour Alexandrine et
son amour pour Jeanne, qui lui donnera deux
enfants, Denise, née le 20 septembre 1889, et
Jacques, né le 23 septembre 1891.
1889-1893
Le 1er mai 1889, le Théâtre-Libre joue
Madeleine. En automne, les Zola s'installent
dans un hôtel particulier, au 21 bis de la rue
de Bruxelles. En octobre, Zola est juré aux
assises de la Seine. Mais cette expérience lui
servira peu pour la Bête humaine, roman des
chemins de fer et roman du crime, qui est
presque achevé et qui paraîtra en mars 1890. En
1891, Zola répond à l'enquête de Jules Huret sur
l'évolution littéraire : « Je crois à une
peinture de la vérité plus large, plus complexe,
à une ouverture plus grande sur l'humanité, à
une sorte de classicisme du naturalisme. » Dans
l'Argent (mars 1891) reparaît Aristide Saccard,
le spéculateur cynique de la Curée ; le roman
s'inspire du krach de l'Union générale, survenu
en 1882, et dépeint les milieux de Bourse.
Quelques semaines plus tard, Zola est élu
président de la Société des gens de lettres. En
revanche, candidat à l'Académie française depuis
1888, il échouera à chaque élection. En avril,
il parcourt le champ de bataille de Sedan pour
préparer la Débâcle, qui paraîtra en juin 1892 :
« La débâcle, écrit-il, ce n'est pas la guerre,
seulement, c'est l'écroulement d'une dynastie,
c'est l'effondrement d'une époque. » À deux
reprises, les Zola visitent Lourdes, en
septembre 1891 et en août-septembre 1892 : leur
second voyage les conduit à Aix-en-Provence, sur
la Côte d'Azur et à Gênes. Le dernier volume des
Rougon-Macquart, le Docteur Pascal, paraît en
juin 1893. En tête du roman, Zola publie l'arbre
généalogique de sa « terrible famille ». Le
docteur Pascal tient à la fois de Claude Bernard
et de l'auteur ; Clotilde doit beaucoup à Jeanne
Rozerot. Le 13 juillet, Zola est fait officier
de la Légion d'honneur et, en octobre, il est
accueilli en ambassadeur des lettres françaises
au Congrès de la presse qui se tient à Londres.
1894-1897
Deux mois après la publication de Lourdes,
premier roman du cycle des Trois Villes
(août 1894), et tandis que les Zola se préparent
à partir pour l'Italie, où ils séjourneront du
30 octobre au 14 décembre 1894, le capitaine
Dreyfus est arrêté et inculpé d'espionnage au
profit de l'Allemagne. Il est condamné le
22 décembre, par un conseil de guerre, à la
déportation perpétuelle. Zola n'y prête pas
d'attention particulière et consacre l'année
1895 à écrire Rome, qui paraît en mai 1896. De
décembre 1895 à juin 1896, il publie dans le
Figaro une série de chroniques, qui paraîtra en
mars 1897 sous le titre de Nouvelle Campagne. La
campagne pour la révision du procès Dreyfus
commence à la fin de 1896 avec la publication
d'une brochure de Bernard Lazare. En mai, Zola
avait consacré un de ses articles du Figaro
(« Pour les Juifs ») à condamner
l'antisémitisme. La campagne en faveur d'Alfred
Dreyfus s'amplifie à la fin de 1897 avec la
dénonciation publique d'Esterházy. Zola soutient
les « dreyfusards » par trois articles dans le
Figaro (25 novembre, 1er et 5 décembre 1897).
Il a abandonné tout espoir de réussir dans le
théâtre dramatique. Mais, depuis que le musicien
Alfred Bruneau a mis en musique le Rêve (1891)
et l'Attaque du moulin (1893), et est devenu son
ami, il s'est tourné vers le théâtre lyrique,
composant pour Bruneau des livrets originaux :
Messidor est joué le 19 février 1897 à l'Opéra ;
l'Ouragan sera joué à l'Opéra-Comique le
29 avril 1901 ; Lazare (achevé au début de
1894), Violaine la Chevelue (écrit en 1897), l'Enfant-Roi
(1902) et Sylvanire ou Paris en amour ne seront
publiés qu'après sa mort.
1898-1899
Tandis que Paris paraît en feuilleton dans le
Journal (en librairie : mars 1898), Zola
s'engage de toute sa force dans la défense de
Dreyfus. Exaspéré par l'acquittement d'Esterházy
devant le conseil de guerre (11 janvier 1898),
il publie dans l'Aurore du 13 janvier J'accuse,
pamphlet qui dénonce les forfaitures commises ou
couvertes par l'état-major pour laisser Dreyfus
au bagne. Déféré devant la cour d'assises pour
diffamation du conseil de guerre qui a jugé
Esterházy (7-23 février 1898), il est condamné à
un an de prison et 3 000 F d'amende. Cassé, le
jugement est confirmé par la cour de Versailles
en juillet. Mais les officiers appelés à
témoigner ont prononcé des paroles imprudentes.
Tandis que Zola vit exilé près de Londres
(depuis le 18 juillet), le lieutenant-colonel
Henry, principal accusateur de Dreyfus,
convaincu de faux, est arrêté et se suicide dans
sa cellule du Mont-Valérien. Le mécanisme de la
révision se met en mouvement. Deux jours après
la cassation du procès de 1894, Zola rentre à
Paris (5 juin 1899). Jamais le jugement qui le
condamnait ne lui sera signifié. À l'issue des
débats d'un second conseil de guerre (Rennes,
7 août-9 septembre 1899), Dreyfus est de nouveau
condamné, mais presque aussitôt gracié. Zola
proteste dans l'Aurore contre l'iniquité du
jugement de Rennes, puis, l'année suivante,
contre l'amnistie, qui renvoie dos à dos
innocents et coupables. En octobre 1899 paraît
le premier des Quatre Évangiles, Fécondité,
roman sur les problèmes de la natalité, écrit en
Angleterre.
1900-1902
Le vieil ami de Zola, Paul Alexis, meurt en
1901. Edmond de Goncourt est mort en 1896, et
Alphonse Daudet en 1897. J. K. Huysmans, Henry
Céard, Léon Hennique se sont détachés de Zola
pour des raisons littéraires et politiques. En
février 1901 paraît la Vérité en marche, recueil
des articles sur l'affaire Dreyfus ; en mai,
Travail, où Zola imagine la cité fraternelle de
l'avenir dans un rêve de socialisme
phalanstérien, plus inspiré de Fourier que de
Marx. Dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902,
au retour de Médan, l'écrivain meurt asphyxié
par les émanations du chauffage dans son
appartement de la rue de Bruxelles. Accident ou
malveillance ? On en a débattu, sans parvenir à
une certitude. Ses funérailles ont lieu le
5 octobre. Une délégation de mineurs est venue
de Denain. Anatole France, dans son discours
d'hommage, prononce ces mots : « Il fut un
moment de la conscience humaine. »
En 1903 paraît Vérité, roman inspiré par
l'affaire Dreyfus et par la lutte contre les
congrégations. Le quatrième des Quatre
Évangiles, Justice, est demeuré à l'état de
notes préparatoires. En 1906 meurt Paul Cézanne,
l'ami d'enfance de Zola. La même année, le
jugement de Rennes est cassé, Alfred Dreyfus,
enfin réhabilité, est réintégré dans l'armée. Le
4 juin 1908, un immense cortège transporte les
cendres de Zola au Panthéon.
Le romancier
L'œuvre la plus illustre de Zola est les
Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale
d'une famille sous le second Empire, massif
romanesque qui compte vingt romans et qui parut
entre 1871 et 1893. Ce n'est pas que les romans
du début soient négligeables : la Confession de
Claude (1865), encore sous l'influence de Musset
et de Murger, les Mystères de Marseille (1867),
roman-feuilleton où Zola utilise déjà la
technique du dossier documentaire, et surtout
Thérèse Raquin (1867) et Madeleine Férat (1868),
où la chronique de mœurs est très fortement
enserrée dans les présupposés d'un déterminisme
physiologique et social inspiré à la fois de
Balzac, de Taine (Nouveaux Essais de critique et
d'histoire), de Michelet, des Goncourt (Germinie
Lacerteux). Après les Rougon-Macquart ont paru
les Trois Villes, Lourdes (1894), Rome (1896),
Paris (1898). Le mysticisme des foules de
Lourdes, clientèle docile et pitoyable des
marchands d'illusions bénites, les clés de
Saint-Pierre et les intrigues vaticanes sous le
règne du pape Léon XIII, les vains efforts d'un
prêtre progressiste pour susciter un
« aggiornamento » de l'Église, les secousses
politiques et sociales de Paris au temps du
général Boulanger, de l'affaire de Panamá et des
anarchistes : rien, dans ces trois romans, n'a
perdu de son intérêt pour le public
d'aujourd'hui. Quant aux Quatre Évangiles, au
titre messianique, on peut y voir une
méditation, en forme de cycle romanesque, sur
les grands problèmes qui assaillent la société à
la veille d'un siècle nouveau, alors que le
progrès accéléré des forces productives ne
semble pas devoir épargner à la France une
profonde crise morale : problèmes de la natalité
dans Fécondité (1899), de la lutte des classes
et du socialisme dans Travail (1901), de
l'éducation dans Vérité (1903). Le XXe s. a fort
mal répondu aux thèses et aux espérances des
Quatre Évangiles. Mais ce sont trois œuvres
indispensables à lire pour qui veut explorer les
courants idéologiques qui parcourent la France
de 1900, et aussi trois œuvres de facture
curieuse, où s'annoncent des genres romanesques
nouveaux, tels que le roman-fleuve ou le roman
de « politique-fiction ».
C'est cependant par l'étude des Rougon-Macquart
qu'on peut le mieux caractériser les thèmes
favoris, les techniques, l'art de Zola
romancier. Sur le modèle de la Comédie humaine,
infléchi par l'enseignement de Taine, Zola a
voulu peindre « une famille qui s'élance vers
les biens prochains et qui roule détraquée par
son élan lui-même, justement à cause des lueurs
troubles du moment, des convulsions fatales de
l'enfantement d'un monde ». L'ensemble des
sujets, de la Fortune des Rougon au Docteur
Pascal, compose l'histoire et les structures de
la société française, du coup d'État à la
débâcle de Sedan (avec quelques anachronismes,
notamment en matière d'histoire économique). Il
compose aussi une peinture souvent cruelle,
parfois émouvante, sans fards ni vaine pudeur,
des mœurs et des mentalités. On peut faire
confiance dans une large proportion au
témoignage de Zola, qui s'est appuyé, pour
écrire chacun de ses romans, sur un dossier
considérable de lectures et d'enquêtes
personnelles.
Malgré la multiplicité des personnages et des
situations, l'ensemble du cycle constitue un
véritable système, un ensemble cohérent,
organique, dans la mesure où le modèle sur
lequel il est construit – le dédoublement d'une
famille en deux branches complémentaires et
opposées – suffit à assurer son fonctionnement.
Un autre principe d'unité tient au langage
symbolique et mythique, qui sous-tend la
chronique et lui donne ses significations
profondes, marquées par la vision du monde
propre à l'auteur. L'œuvre entière est ordonnée
par le double courant qui parcourt la vie
intérieure de Zola, sans que le créateur et
l'homme privé puissent aisément se distinguer :
l'exaltation des forces de la vie (thèmes de la
nature et de l'homme en travail, thèmes du rut,
de la gésine, de la fécondité, de la
germination) ; la hantise du néant, la
conviction que tout cède, s'écroule, se dissout
sous l'action inexorable de la mort (thèmes de
la violence, de la destruction, du meurtre, de
la bêtise, de la stérilité, de l'absurdité, de
l'agonie). Les deux courants se mêlent dans les
mêmes œuvres, comme on le constate aisément à la
lecture de Nana, de Germinal, de la Terre, de la
Bête humaine ou de la Débâcle.
On ne peut sous-estimer la part de la méthode
dans la genèse des Rougon-Macquart ; les
ébauches, les plans et les notes documentaires
qui précèdent chaque œuvre en portent la marque.
Mais ils portent aussi la trace d'une vive
sensibilité, d'un regard qui saisit sur le vif
les êtres et les choses, comparable, par la
manière dont il fonctionne et se traduit dans la
création, au regard des peintres que Zola
aimait : Manet, Pissaro, Monet, Renoir. Comme
eux, l'écrivain est habile à capter le jeu des
formes, des couleurs, des mouvements, des
éclairages. Comme eux, il part à la recherche du
« motif » et jette sur ses carnets de multiples
esquisses. De là, dans les Rougon-Macquart, des
centaines d'instantanés, de scènes vues, de
silhouettes attrapées au vol : par exemple
l'animation des boulevards extérieurs dans
l'Assommoir, la foule du salon de peinture dans
l'œuvre, la sortie des puits dans Germinal, la
fièvre des jours de grande vente dans Au Bonheur
des dames, etc. Le quotidien est happé au plus
près de sa source. Rien, cependant, qui soit
banalement photographique. Une vibration
affective – pitié, ironie ou anxiété – ponctue
chaque phrase. À chaque sensation se mêle une
connotation symbolique.
Zola romancier n'est ni un écrivain doctrinaire
qui confondrait la démarche du savant et celle
de l'artiste, ni le « bœuf de labour » qui
exploiterait laborieusement un amas de documents
livresques. La lecture des Rougon-Macquart
montre à quel point se sont pénétrés
mutuellement son génie intuitif et son génie
narratif, la somme des expériences et le travail
du langage, le spectacle du monde et
l'imagination poétique, l'observation de la
nature et de l'humanité et son transfert en
corrélations dramatiques et mythiques, la vérité
du reportage et, selon le mot du critique
Auerbach, le sens du « tragique historique ».
Le conteur
Émile Zola écrivit de courts récits en prose dès
son adolescence. Son premier recueil, les Contes
à Ninon, fut composé entre 1859 et 1863. Le
titre et plusieurs des contes (la Fée amoureuse,
Simplice) évoquent la sylphide séduisante et
gracile qui hantait les rêves de l'adolescent
sous le ciel d'Aix, et qui apparaît au jeune
écrivain, à Paris, lorsqu'il appelle, de son
imagination solitaire, la présence apaisante
d'une figure féminine. Plus tard, il réincarnera
en Miette, en Albine, en Catherine, en Angélique
le « rêve familier » d'autrefois. D'autres
récits (le Carnet de danse, le Sang, les Voleurs
et l'Âne) ne sont plus des contes de fées, même
si y subsiste l'élément fabuleux : le premier
ironise sur la coquetterie ; le deuxième enferme
quatre paraboles sur la violence et la guerre ;
le troisième raconte une partie de campagne. Les
Aventures du Grand Sidoine et du Petit Médéric
pastiche Gulliver et Micromégas.
Les Esquisses parisiennes, publiées en 1866 avec
le Vœu d'une morte, sont des croquis de femmes
(la Vierge au cirage, les Vieilles aux yeux
bleus, l'Amour sous les toits), non point de
Parisiennes du grand monde, comme celle que
campait un Arsène Houssaye, mais de femmes
humbles, déshéritées, que Zola regarde d'un œil
quasi fraternel et dessine d'un trait de crayon
estompé.
Les textes que l'on a regroupés pour les Œuvres
complètes (Paris, Cercle du livre précieux,
1966-1969) sous le titre de Dans Paris ont paru
entre 1865 et 1868 dans divers journaux. Ce sont
autant de nouvelles « esquisses parisiennes »,
inspirées à Zola par ses vagabondages dans
Paris, ses rencontres, ses lectures ou les faits
divers : Un croque-mort, la Journée d'un chien
errant, Un mariage d'amour (nouvelle d'où naîtra
Thérèse Raquin), les Bals publics, le Boutiquier
campagnard, Histoire d'un fou, etc. Tous ont
pour décor le paysage de Paris ou de sa
banlieue, où l'auteur découvre une prodigieuse
réserve de spectacles et d'histoires. Son
langage s'épure désormais des stéréotypes
romantiques et s'enrichit de termes qui évoquent
plus exactement les choses telles quelles. Mais
son regard s'empreint souvent d'émotion, de
sympathie fraternelle ou, au contraire, de
moquerie. Ses personnages se groupent plus
nettement en coquins et en victimes, et la
morale devient désabusée. Dans Paris pourrait
faire songer à la Rue de Jules Vallès. Ces
textes valent par leurs qualités intrinsèques de
vision, d'invention de langue et aussi par le
plaisir que le lecteur prend à suivre Zola dans
cette promenade poétique et insolite à travers
le Paris de 1865. Ils permettent, d'autre part,
de repérer à leur naissance des thèmes que le
romancier a plus tard réemployés dans un plus
vaste cadre.
Les Nouveaux Contes à Ninon, publiés en 1874,
réunissent des contes authentiques (le Paradis
des chats, la Légende du Petit Manteau bleu de
l'amour), des portraits (Mon voisin Jacques,
Lili, le Forgeron), des récits situés aux
frontières du croquis de mœurs et de l'allégorie
(Un bain, le Jeûne, les Épaules de la marquise,
le Chômage), des Souvenirs, où passent tantôt la
nostalgie de la jeunesse insouciante, tantôt le
souvenir de scènes vues dans le Paris de la fin
du règne ou de la guerre ; enfin, un texte
nettement plus long que les précédents, les
Quatre Journées de Jean Gourdon, rythme une vie
de paysan en quatre époques, de l'adolescence à
la vieillesse, parallèles aux quatre saisons de
l'année : récit à la fois réaliste et
symbolique, où se résument les joies, les
angoisses, les chagrins, les réussites et les
désastres que peut compter une vie d'homme.
Deux recueils de contes et nouvelles ont encore
paru du vivant de Zola : le Capitaine Burle
(1882) et Naïs Micoulin (1884). Les récits qui
les composent avaient d'abord paru dans le
Messager de l'Europe entre 1871 et 1880. Le
Capitaine Burle, qui donne son titre au premier
recueil, porte sur la société militaire un
regard dénué d'indulgence ; Comment on meurt
étudie en cinq nouvelles les signes et les rites
de la mort dans les différentes classes de la
société ; dans Aux champs, Zola évoque les
courses qu'il faisait autrefois à travers les
bois et les campagnes de la banlieue ; la Fête à
Coqueville est un tableau burlesque, dans la
manière de Rabelais ou de la peinture flamande.
L'Inondation, au contraire, évoque un cataclysme
et profile au-delà du souvenir d'un fait divers
un mythe du déluge, de l'étouffement par l'eau,
qu'on retrouve en d'autres parties de l'œuvre de
Zola. Dans Naïs Micoulin, la Mort d'Olivier
Bécaille propose le mythe voisin de
l'enfouissement, de l'étouffement par la terre ;
Nantas adapte et combine des thèmes de la Curée
et de Son Excellence Eugène Rougon ; Naïs
Micoulin, écrit à L'Estaque, près de Marseille,
en août 1877, décrit de nouveau le paysage et
les femmes de Provence ; Madame Neigeon et
surtout les Coquillages de M. Chabre sont des
vaudevilles en forme de nouvelles à la
Maupassant ; enfin, Jacques Damour raconte le
retour d'un communard déporté qui retrouve sa
femme mariée à un autre. Les récits de ces deux
recueils mêlent donc à la fois la veine
fantastique, la veine burlesque et la veine
chroniqueuse. Ce sont des variations sur des
sujets que les Rougon-Macquart orchestrent plus
largement, mais dans lesquelles Zola donne plus
libre cours à ses rêveries et à ses fantasmes
personnels.
Il en va de même pour une série de textes qu'il
n'a pas recueillis en volume de son vivant (sauf
l'Attaque du moulin, publiée dans les Soirées de
Médan, recueil collectif) et qui ont paru dans
les Œuvres complètes sous le titre d'Autres
contes et nouvelles. Ainsi se révèle dans toute
son ampleur une œuvre de nouvelliste qui aurait
suffi, à elle seule, à sauver de l'oubli le nom
de Zola.
Le dramaturge et le théoricien du théâtre
En matière de théâtre, Zola est à la fois
auteur, théoricien et critique. Il a voulu
trouver le succès comme dans le roman. Mais,
dans ce domaine, il a échoué.
Après la Laide, en 1865, il a composé Madeleine,
drame en trois actes (d'où il devait tirer le
roman Madeleine Férat). Lemoine-Montigny,
directeur du théâtre du Gymnase, a refusé la
pièce en avril 1866 à cause de la « crudité
inadmissible » de sa donnée. Sa première œuvre
théâtrale jouée est donc, en 1867, à Marseille,
un mélodrame qu'il a tiré de son roman les
Mystères de Marseille, en collaboration avec
Marius Roux. En 1868 et en 1869, puis en 1872 et
en 1873, dans le Globe, puis dans la Tribune, la
Cloche et enfin dans l'Avenir national, Zola
publie quelques chroniques de critique
dramatique, sévères pour la pièce d'intrigue
traditionnelle, à laquelle il propose de
substituer le « drame humain », la « tragédie
moderne », le « drame d'analyse étudiant
logiquement un personnage ou un fait jusqu'au
bout ». En 1873, il tente d'appliquer ses
conceptions dans un drame en quatre actes tiré
de Thérèse Raquin. La critique lui reproche la
trivialité des personnages, la bizarrerie des
situations, le réalisme macabre du langage et
l'inefficacité de la construction. Zola
reconnaît les défauts techniques de sa pièce,
mais n'en affirme que plus nettement sa
« volonté bien nette d'aider au théâtre le large
mouvement de vérité ».
Ses deux pièces suivantes, cependant, ne
répondent guère à ce dessein : en 1874, les
Héritiers Rabourdin, dont le thème est emprunté
au Volpone de Ben Jonson, sont, de l'aveu même
de Zola, un pastiche de la « vieille farce
littéraire » ; en 1878, le Bouton de rose est un
vaudeville léger. Les deux pièces rencontrent le
même insuccès. Zola ne signera plus qu'une seule
œuvre dramatique de son seul nom, Renée, adaptée
de la Curée vers 1880 et représentée seulement
en 1887. Pour atténuer les audaces du roman,
Zola a imaginé, comme dans Nantas, nouvelle
également inspirée de la Curée, que Renée a
contracté un mariage blanc avec Saccard. Les
spéculations de celui-ci sont à peine indiquées,
et tout le fond de satire politique et sociale
est comme gommé. Il ne reste que l'intrigue
passionnelle, avec pour issue le suicide de
Renée, fin plus mélodramatique que celle de la
Curée. Sidonie Rougon est remplacée par un
personnage plus pâle, Mlle Chuin. Saccard a
lui-même perdu beaucoup de sa désinvolture.
Comme dans Thérèse Raquin, les meilleures pages
du livre – la promenade au bois, le tableau de
la vie nocturne sur le Boulevard, les
descriptions de Paris éventré, le bal chez les
Saccard – n'ont pu passer à la scène. Malgré les
qualités du découpage et la force de certaines
situations, Renée n'est que le pâle reflet d'un
grand roman.
Entre-temps, Zola s'est efforcé de faire
prévaloir ses conceptions dramatiques par ses
articles de critique et a collaboré avec William
Busnach pour l'adaptation de ses principaux
romans. Sans illusion sur la valeur littéraire
de ces transpositions, il les utilise pour
moderniser la mise en scène et le jeu des
acteurs dans le sens d'un plus grand réalisme.
L'Assommoir, Nana, Pot-Bouille, le Ventre de
Paris, Germinal sont ainsi portés successivement
à la scène avec un succès inégal. L'Assommoir,
en 1879, est un triomphe, mais Germinal, trop
long et trop chargé de matière, s'effondre en
1888. En 1887, Henry Céard a tiré du Capitaine
Burle, nouvelle de Zola, une pièce en un acte,
Tout pour l'honneur. La même année, un autre de
ses disciples, Léon Hennique, adapte une autre
de ses nouvelles, Jacques Damour. Après 1890, la
propre évolution de Zola vers une conception
messianique de l'art et, d'autre part, l'amitié
du musicien Alfred Bruneau le conduisent à
composer des livrets de « pièces lyriques »
(drames, féerie, comédie, pièces en prose).
On peut donc isoler deux périodes au cours
desquelles Zola a tenté de faire œuvre
dramatique originale : de 1873 à 1880 – le
naturalisme d'analyse – et de 1891 à sa mort
– le naturalisme lyrique. La seconde période est
encore fort mal connue. Il y aurait lieu, en
particulier, de rechercher ce que doit à
l'influence du théâtre symboliste cette seconde
carrière dramatique de Zola, si distincte de la
première dans ses thèmes, ses personnages et son
style.
Les pièces composées par Émile Zola lui-même ont
connu une fortune inégale. Perrette, La Laide
n'ont jamais été jouées, non plus que Violaine
la Chevelue et Sylvanire. Madeleine, le Bouton
de rose, l'Ouragan, l'Enfant-Roi ont quitté
l'affiche après quelques représentations et
n'ont jamais été repris. Renée, en 1887, a été
jouée trente-huit fois. Les Héritiers Rabourdin,
après dix-sept représentations, ont quitté la
scène. Messidor est resté longtemps au
répertoire de l'Opéra à la fin du XIXe s. et au
début du XXe s. Seule Thérèse Raquin, après
n'avoir été jouée que neuf fois en juillet 1873,
connut plusieurs reprises, d'abord en province,
puis à Paris, dans les années suivantes (au
Vaudeville le 20 mai 1892 ; à la Gaîté-Lyrique
en 1899 ; à l'Odéon le 8 février 1905 – quatorze
représentations – et le 21 mai 1910 ; aux
Folies-Dramatiques en 1928 ; au Gymnase le
12 avril 1948 – soixante représentations –, dans
une adaptation de Marcelle Maurette). Seule,
également, elle a connu une carrière honorable à
l'étranger, notamment en Allemagne, en Italie et
dans les pays scandinaves.
Parmi les adaptations au théâtre des romans de
Zola, seuls l'Assommoir et Nana rencontrèrent un
véritable succès. Tout pour l'honneur, après
avoir rencontré au Théâtre-Libre un succès
d'estime, fut joué sept fois à Bruxelles au
théâtre Molière (avec la participation d'Antoine
lui-même), en janvier 1888. Jacques Damour, à la
fin de 1887, entra au répertoire de l'Odéon pour
quelques soirées. Germinal, malgré ses démêlés
avec la censure, qui en empêcha pendant trois
ans la représentation (tandis que la pièce, en
1886, était jouée aux États-Unis), fut un échec
complet à Paris et un demi-succès à Bruxelles,
au théâtre Molière, en 1889. Les adaptations
postérieures eurent une existence encore plus
éphémère. Mais Nana eut plus de cent
représentations en 1881 ; l'Assommoir en eut
près de trois cents en 1879 ; il fut joué en
province par deux troupes distinctes pendant
trois mois et fut repris au Châtelet en 1885 et
au théâtre de la République en 1893 ; en
Angleterre, son adaptation par Charles Reade
(Drink) fut jouée plus de cinq cents fois.
La critique reprocha aux comédies de Zola leur
manque d'esprit et de gaieté, et à ses drames
l'incertitude de leurs caractères, la longueur
de leurs tirades d'analyse, leur complaisance
dans la violence verbale et la peinture outrée
des névroses, leurs maladresses de construction.
Parmi les plus sévères, citons Paul de
Saint-Victor, Francisque Sarcey. D'autres, comme
Jules Claretie, Théodore de Banville, Paul
Foucher, Henri Chabrillat étaient plus
indulgents et relevaient dans Thérèse Raquin la
vigueur de la donnée et la puissance des effets
de passion et de terreur. Mais il est certain
que Zola n'a pas craint, dans ses drames, de
recourir aux conventions du théâtre
traditionnel, aux dépens de ses principes
affirmés de vérité et de logique, et des
qualités d'observateur, de peintre et de poète
qu'attestent ses chefs-d'œuvre romanesques.
Si Zola ne semble pas avoir mesuré d'assez près
les difficultés qui touchaient à la forme de
l'œuvre dramatique, il voulait, de toute son
énergie, en renouveler la substance. Plus que
par ses pièces, c'est par ses études théoriques
et critiques, regroupées pour l'essentiel dans
Nos auteurs dramatiques et le Naturalisme du
théâtre (1881), et par ses préfaces qu'il a
exercé une profonde influence sur l'évolution du
théâtre et de la mise en scène après 1880.
Pour lui, tout est faussé dans le théâtre
contemporain : la scène, les goûts du public,
les exigences de la critique. « Compliquer une
situation d'épisodes parallèles, épicer avec
quelques types pittoresques, tout brouiller pour
tout démêler, mettre le public dans la
confidence, de façon à ne pas lui être
désagréable en le surprenant par trop », voilà
la recette de la pièce bien faite. « On entasse
sans le moindre scrupule les faits les plus
ridicules, les impossibilités les plus
matérielles. On se moque bien de l'analyse des
personnages, de l'étude des caractères, de la
logique de l'action générale [...]. La critique
dramatique en est arrivée à ne plus constater
que le jeu plus ou moins bien graissé des
ressorts. » Zola s'efforce de discréditer la
comédie d'intrigue (Sardou, Labiche, Gondinet),
la pièce à thèse (Feuillet, Dumas fils), le
drame historique (Hugo et ses disciples, Hennery).
Il marque plus d'indulgence pour Émile Augier.
Il rend hommage à Racine et à la tragédie
classique. Et il souhaite un théâtre qui se
détache des personnages tout faits et des
mécanismes artificiels pour revenir à l'analyse
exacte des passions et reprendre la formule
classique, élargie à la représentation totale et
vraie de la vie contemporaine. Il réclame une
action fondée sur la confrontation des
tempéraments, une langue naturelle, qui soit
comme un « résumé de la langue parlée », et la
recherche d'une minutieuse vérité dans les
décors, les costumes, les mouvements et la
diction. « Le besoin du fait matériel est devenu
de plus en plus impérieux. Tandis que les
spectateurs d'autrefois se plaisaient à l'étude
simplifiée des caractères, à la dissertation
dialoguée sur un sujet, les spectateurs
d'aujourd'hui exigent l'action elle-même, le
personnage allant et venant dans son milieu
naturel. » À cela, Sarcey, Dumas fils, Lemaitre,
Weiss, Lapommeraye, critiques traditionalistes,
opposaient l'impossibilité d'identifier l'art à
la nature, l'impuissance de la scène à jamais
dire tout ce que disent les interdits de la
bienséance, les nécessités du spectacle et les
lois de l'illusion scénique.
Les idées de Zola ont inspiré Henry Becque,
Lucien Descaves, Oscar Méténier, les auteurs de
« comédies rosses », qui ont dépeint avec
férocité les comportements de la bourgeoisie.
Mais, malgré ses espérances, il ne s'est pas
trouvé en France un grand dramaturge
naturaliste. C'est dans la mise en scène, avec
Antoine et le Théâtre-Libre, que l'action de
l'auteur des Rougon-Macquart s'est fait sentir
de façon durable.
Le critique, le chroniqueur et le polémiste
Mes haines, au titre éclatant et provocateur,
est le premier recueil d'études critiques publié
par Zola (1866). Il réunit des chroniques qui
avaient paru en 1865 dans le Salut public de
Lyon, sur Germinie Lacerteux, Gustave Doré,
Proudhon, Courbet, Barbey d'Aurevilly,
Erckmann-Chatrian, Dumas fils, Taine, etc.
Certains de ces articles tournaient au
manifeste, et Mes haines marque bien à cet égard
le point de départ du naturalisme : Zola y
affirme sa faveur pour les « fortifiantes
brutalités de la vérité », sa confiance dans le
proche triomphe de l'art d'analyse, mais aussi
le rôle indispensable d'un « tempérament »
personnel. D'année en année, jusqu'en 1875, à
travers ses articles de critique littéraire
(réunis dans les Œuvres complètes sous les
titres de Marbres et plâtres, de Deux
Définitions du roman, de Livres d'aujourd'hui et
de demain, de Causeries dramatiques), il
développera et approfondira ces thèmes, en
portant sur les Œuvres de la littérature
contemporaine des jugements que la postérité a
généralement ratifiés. Il en est de même pour la
peinture, avec ses Salons, où il proclame son
admiration pour Courbet, Manet, Monet, Pissarro,
Sisley, Bazille.
Il a donné un exposé systématique de ses idées
en 1880-1881 dans les volumes qui sélectionnent
ses meilleurs articles de la période 1875-1880 :
le Roman expérimental, où il appuie la méthode
naturaliste en littérature sur le modèle de la
méthode expérimentale dans les sciences
biologiques ; les Romanciers naturalistes, qui
étudient l'œuvre de Balzac, de Stendhal, de
Flaubert, de Daudet, des Goncourt ; Documents
littéraires, choix d'articles consacrés aux
grands romantiques, ainsi qu'à Alexandre Dumas
fils, à la poésie, à la critique contemporaine
et à la morale littéraire ; le Naturalisme au
théâtre et Nos auteurs dramatiques. Ses études
de critique littéraire (articles, préfaces, non
recueillis de son vivant, notamment bon nombre
de textes postérieurs à 1880) ont paru dans les
Œuvres complètes sous le titre de Mélanges
critiques : il y expose non seulement une
esthétique, mais une éthique et une méthode de
pensée, fondées sur la confiance dans la raison
et dans la science.
Cette éthique s'est exprimée de bonne heure dans
les chroniques de polémique politique, sociale
et morale qu'il a données aux journaux de
l'opposition républicaine à la fin du second
Empire. En effet, dès 1868, à côté des articles
qu'il publie dans l'Événement illustré,
variations fantaisistes sur les faits divers et
les anecdotes de l'actualité, Zola collabore à
la Tribune, hebdomadaire républicain modéré. En
1869 et en 1870, il écrit dans le Rappel et la
Cloche, dont l'opposition est plus radicale et
plus combative. Plusieurs thèmes reviennent sans
cesse dans ses attaques : les dissipations et
l'amoralité de la société impériale, le faste
dispendieux des transformations de Paris, la
misère du peuple, le souvenir des origines
sanglantes de l'Empire, dont il prédit, à la
manière de Hugo, le proche écroulement. Les
Lettres parisiennes, dans la Cloche, en 1872,
expriment le scepticisme religieux, l'horreur de
toute superstition, de toute censure, de tout
dogme, la défense de la libre pensée. Dans la
République en marche (recueil des chroniques
parlementaires publiées dans la Cloche en
1871-1872), surtout dans Une campagne (1882) et
encore dans Nouvelle Campagne (1897), Zola
s'impatiente devant les jeux des partis
politiques, la démagogie des discours
électoraux, les combinaisons de l'oligarchie
financière et politique. Il rêve d'une
république où « seuls les hommes supérieurs
seraient appelés aux affaires ». Il voudrait une
politique qui soit à la fois positive,
scientifique et en progrès, et il ne voit pas
d'ouverture entre la compromission politicienne
et l'abstention hautaine. Il affirme cependant
son attachement à la République et sa confiance
dans la démocratie, y compris sous ses aspects
révolutionnaires.
L'Affaire Dreyfus lui fournit l'occasion d'une
dernière campagne. Zola en appelait directement
à l'opinion pour la défense, au-delà de la seule
personne de Dreyfus, des principes de la vérité,
du droit et de la justice. Dans ce combat, il
ramassa toutes ses ressources de passion
polémique et, comme Voltaire ou Hugo, porta le
pamphlet au niveau des œuvres de grand style.
Les textes de Zola sur l'Affaire, par lesquels
s'achevait sa carrière, étaient les premiers
échos d'une bataille idéologique qui allait
traverser tout le XXe s.
© Larousse / VUEF 2003