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BIOGRAPHIE - Beaumarchais

Écrivain français (Paris 1732-Paris 1799).

L'aventurier
« De l'intrigue et de l'argent ; te voilà dans ta sphère », dit Suzanne à Figaro. « Cet intrigant de Français... un aventurier en fureur », écrit Goethe à propos de Beaumarchais. Ce fils d'un horloger respecté fait preuve d'un talent précoce dans un tout autre domaine que celui de la littérature : à vingt et un ans, il invente la montre à échappement. Il confie sa découverte à l'horloger du roi, Lepaute, qui s'en attribue aussitôt le mérite. Outré, le jeune homme publie sur-le-champ un mémoire où il accuse Lepaute de contrefaçon. Il obtient gain de cause. Il se marie avec une veuve, Mme Franquet, se fait nommer Beaumarchais, du nom d'une terre de sa femme, devient « contrôleur de la bouche du roi », s'introduit à la Cour, passe de l'horlogerie à la musique et apprend à Mesdames, filles de Louis XV, à jouer de la harpe. Il achète une charge qui l'anoblit, la « lieutenance générale des chasses aux bailliage et capitainerie de la Varenne du Louvre » (1761). Jouissant de la faveur de Mesdames, protégé et enrichi par le financier Joseph Pâris-Duverney, Beaumarchais est un homme « arrivé » qui débute sur la scène par des Parades.
Survient l'intermède espagnol. En 1764, notre homme part pour l'Espagne. Raison officielle : négocier avec le gouvernement de la Péninsule, obtenir le monopole des Noirs dans les colonies espagnoles et le droit de coloniser la Louisiane, la Sierra Morena. Raison privée : venger l'honneur de sa sœur Lisette, victime d'un infâme séducteur, Clavijo. Beaumarchais mène tambour battant la dernière affaire : Clavijo est condamné. Il est moins heureux dans ses entreprises d'agent diplomatique : les châteaux d'Espagne sont faits pour s'écrouler, et ce sont les Anglais qui lui soufflent la fourniture des esclaves. À son retour, Beaumarchais tire de l'épisode Clavijo un drame en cinq actes et en prose, Eugénie (1767). Cette pièce de début, assez bien charpentée, mais où l'auteur tombe dans la sensiblerie, est accueillie favorablement. L'année suivante, devenu veuf, il se remarie avec la riche Mme Lévêque. Il ne renonce pas au théâtre et produit sur la scène les Deux Amis ou le Négociant de Lyon (1770), drame de la condition du commerçant et de l'homme de finance.
Un peu plus tard, Beaumarchais se met une méchante affaire sur les bras. Pâris-Duverney s'était engagé à lui servir 15 000 livres et à lui en prêter 75 000 pendant huit ans, sans intérêt. Sur ces entrefaites, il meurt, et son légataire universel, le comte de La Blache, déclare que l'acte est faux. Beaumarchais prend feu et flamme. Un procès s'ouvre. En avril 1773, un juge rapporteur est désigné, le conseiller Goëzman. La femme de ce dernier reçoit cent louis de Beaumarchais pour favoriser une audience, mais ne lui en rend que quatre-vingt-cinq. Furieux, ce dernier la poursuit et attaque les Goëzman dans quatre Mémoires à consulter étincelants d'esprit, où il dénonce les abus judiciaires de l'époque. Tout Paris se les arrache. Goëzman est condamné (il sera guillotiné sous la Terreur), son épouse est blâmée, Beaumarchais aussi. Mais il sort moralement vainqueur de la lutte.
L'année suivante voit Beaumarchais agent secret en mission à Londres, pour empêcher la publication d'un pamphlet contre Mme du Barry. Deux mois plus tard, au cours de l'été, se place l'épisode le plus rocambolesque de la vie de Beaumarchais. Il fait savoir au jeune Louis XVI qu'un certain Angelucci, juif vénitien, se prépare à publier un libelle sur la stérilité du couple royal. Il se propose généreusement de détruire l'édition anglaise et hollandaise du pamphlet pour assurer l'honneur du royaume. Ses services sont acceptés : M. de Ronac (anagramme de Caron) repart pour Londres, traite avec Angelucci, s'assure de la destruction de l'exemplaire, mais apprend qu'Angelucci en a gardé un autre et qu'il gagne l'Allemagne à franc étrier. Beaumarchais-Ronac s'élance à sa poursuite, rejoint le traître, lui enlève le fameux volume. La suite est un vrai roman : il s'apprête à rejoindre sa voiture, quand il est attaqué par des brigands, à cinq lieues de Nuremberg. Blessé, il réussit à échapper aux bandits grâce à l'aide de son postillon. Telle est du moins la version qu'il fait immédiatement circuler. Mais cette histoire de cape et d'épée n'est qu'une belle invention de M. de Ronac pour inspirer une haute idée de son zèle, en relatant les dangers mortels qu'il avait courus pour le service du roi. Beaumarchais rejoint Vienne, a une entrevue avec l'impératrice Marie-Thérèse... et, le soir même, se voit placé sous la surveillance de huit grenadiers et de deux officiers avec interdiction absolue de quitter sa chambre. La détention dure un mois.

Les chefs-d'œuvre
Le serviteur trop zélé de la cause royale retourne à Paris et présente son Barbier de Séville ou la Précaution inutile (février 1775). On en sait la donnée : le comte Almaviva s'est épris de la belle Rosine, gardée à vue par son tuteur, le docteur Bartholo. Il désespère de l'aborder, quand il est tiré d'embarras par son ancien valet, Figaro, passé maître en intrigues de toutes sortes. Grâce à ses bons offices, le comte, déguisé en soldat, puis en maître de chant, parvient à remettre un billet à Rosine malgré la surveillance attentive du docteur, berne Bartholo et épouse la jeune fille. Ce spectacle coloré et sonore n'a pas à la première représentation le succès qu'il mérite, car Beaumarchais avait étiré ses quatre actes en cinq et allongé les dialogues. Les coupures faites, la pièce triomphe sur la scène : « Oui, elle tombera... mais cinquante fois de suite ! », s'écrie la spirituelle Sophie Arnould. Infatigable, Beaumarchais se lance dans d'autres entreprises.
Après une nouvelle mission en Angleterre, pour acheter au célèbre chevalier d'Éon des papiers compromettants, il lève, sous la raison sociale Roderigue, Hortalez et Cie, une flottille de navires dont le premier emploi est le ravitaillement des insurgents d'Amérique (1776). L'affaire sombre comme ses bateaux. L'auteur du Barbier se tourne alors vers des activités moins délicates : il fonde avec un certain nombre d'auteurs la Société des auteurs dramatiques pour la défense de leurs droits (1777), puis crée la Société typographique et littéraire et publie à Kehl une édition complète des œuvres de Voltaire. Repris par le démon du théâtre, il fait jouer la Folle Journée ou le Mariage de Figaro. Non sans mal : le roi a interdit la pièce, y voyant une attaque contre les privilégiés. Enfin, le 27 avril 1784, tout Paris assiège la Comédie : gentilshommes et bourgeois dînent dans la salle pour être sûrs d'avoir des places. Fait sans précédent, soixante-douze représentations consécutives ont lieu. L'intrigue, plus neuve et plus hardie que celle du Barbier, roule tout entière sur la rivalité du maître et du valet : Figaro veut épouser Suzanne, la camériste de la comtesse, malgré le comte. « Un grand seigneur espagnol amoureux d'une jeune fille qu'il veut séduire, et les efforts que cette fiancée, celui qu'elle doit épouser et la femme du seigneur réunissent pour faire échouer dans son dessein un maître absolu que son rang, sa fortune et sa prodigalité rendent tout-puissant pour l'accomplir. Voilà, rien de plus. La pièce est sous vos yeux. » (Préface.)

Les dernières années
Les années passent, Beaumarchais est encore l'homme du jour. Remarié (1786) avec Mlle Willer-Mawlas, entré dans une nouvelle guerre de libelles avec l'avocat Nicolas Bergasse, il se fait, à la veille de la Révolution, construire près de la Bastille une magnifique demeure qui excite la malveillance populaire. Il obtient un succès d'estime avec son opéra Tarare (1787), mais bientôt les patriotes crient au scandale, protestent contre ses déclarations en faveur de la monarchie et de l'ordre. Pour retrouver les bonnes grâces du public, il donne l'Autre Tartuffe ou la Mère coupable (juin 1792) : la pièce, médiocre drame larmoyant où l'on voit un « grand machinateur d'intrigues » fomenter « le trouble avec art » dans la famille du comte Almaviva, rencontre un succès contestable. En ces heures troublées, Beaumarchais ne peut rester en repos : il s'engage dans une affaire où il exposera sa vie et qui lui fera perdre la majeure partie de sa fortune ; il achète à la Hollande 60 000 fusils pour armer les volontaires. Le secret transpire : l'ex-capucin François Chabot monte à la tribune de l'Assemblée pour dénoncer l'accapareur qui conserve des armes. Beaumarchais est arrêté et enfermé à la prison de l'Abbaye. Libéré, il part pour Londres, est décrété d'accusation, veut rentrer en France. Il change d'avis et se retire à Hambourg. Enfin, le 5 juillet 1796, il peut revenir à Paris et embrasser, dans sa splendide maison dévastée, sa femme, sa fille et sa sœur. Sa fortune restaurée grâce au remboursement de ses créances sur la République, il a une dernière joie : en mai 1797, la Mère coupable est reprise triomphalement. Deux ans plus tard, dans la nuit du 17 au 18 mai, il meurt d'une attaque d'apoplexie.

Un théâtre du bonheur : dynamisme et allégresse
Beaumarchais a été, suivant le mot de Sainte-Beuve, un grand « rajeunisseur ». Si ce n'est par la matière qu'il se soucie d'innover (il s'inspire, dans le Barbier de Séville en particulier, de l'École des femmes de Molière et de la Précaution inutile de Scarron), il tranche sur la production théâtrale de son temps par son adroite exploitation de thèmes comiques depuis longtemps éprouvés. Quels sont donc les traits généraux de sa comédie ? Il convient d'abord de souligner la simplicité de l'intrigue. On peut résumer celle du Barbier et celle du Mariage en quelques mots. Mais cette intrigue est sinueuse, fertile en rebondissements et en surprises : presque chaque scène débouche sur une situation qui a pour but de provoquer l'embarras des protagonistes et de leur présenter un problème qu'ils auront à résoudre. À plusieurs reprises, Beaumarchais agit en illusionniste : on ne voit jamais comment ses héros vont se débarrasser d'une cascade d'incidents imprévus. De là des tours de force et de savantes constructions qui tombent par terre. À la limite, l'auteur paraît vouloir aller jusqu'au bout de ce qui est possible et de ce qui ne l'est pas : c'est finalement toujours l'impossible qui triomphe. Il en résulte une sorte d'élan interne de la comédie : le spectateur ne se repose pas, il n'y a pas un temps mort, mais une perpétuelle invention, un mouvement endiablé qui masque parfois les incohérences de l'action, met en valeur les morceaux de bravoure, les clins d'œil au parterre. Le théâtre de Beaumarchais est essentiellement dynamique.
C'est aussi le théâtre de la fantaisie. À partir d'indications scéniques très poussées sur les costumes, les lieux, la mise en scène en général, Beaumarchais laisse libre cours à son imagination : quiproquos, déguisements, personnages cachés, reconnaissances, entrevues secrètes dans la pénombre se multiplient au fil des actes. Dans cette trame romanesque, Beaumarchais tire les ficelles de ses acteurs, les fait mouvoir dans des situations inextricables ; ils en sortent miraculeusement indemnes, grâce à des artifices qui ont l'apparence de la logique et du bon sens. L'action s'épanouit dans tous les sens, en des développements embrouillés, et, en fin de compte, tout revient en ordre.
Dynamisme et fantaisie ; ajoutons qu'un autre trait de ce théâtre est d'être celui du bonheur. « Me livrant à mon gai caractère, j'ai tenté, dans le Barbier de Séville de ramener au théâtre l'ancienne et franche gaieté, en l'alliant avec le ton léger de notre plaisanterie actuelle. » Beaumarchais, dramaturge heureux ? Le mot n'est pas déplacé. Outre le franc comique de ses comédies, il se dégage une impression d'allégresse. Les personnages, du moins ceux du Barbier et ceux du Mariage, s'ils évoluent bien à Séville ou au château d'Aguas-Frescas, vivent peut-être dans un monde à part, dans un royaume où les méchants sont bernés. On a le sentiment que Beaumarchais, à l'intérieur même d'une intrigue habilement conduite, prête une vie radieuse à ses héros, qui finissent toujours par vaincre les obstacles qui leur sont présentés. Toutes les difficultés se trouvent peu à peu aplanies. Il règne une atmosphère de fête galante, surtout sensible dans le Mariage.
Les personnages nous semblent à l'abri des contradictions de l'existence. Nous participons à leurs luttes, mais nous savons qu'ils sortiront vainqueurs. L'écheveau compliqué de ces empêchements et de ces contretemps se défait de lui-même, comme si ces êtres avaient le pouvoir mystérieux, par leur intelligence ou leur astuce, mais aussi probablement par l'aura de bonheur qui les entoure, de se jouer sans peine des embarras.
Ces êtres, quels sont-ils ? Par son génie de l'intrigue, par son ardeur de vivre et son esprit, Figaro incarne un type nouveau de valet de comédie. Il brûle les planches et attire la sympathie. Dans le Mariage plus encore que dans le Barbier, il est pourvu d'une vérité humaine : égaré, courant sous les grands marronniers, il est si grave tout à coup, si près de souffrir à son tour... Rosine, de son côté, qui a déjà le charme des héroïnes de Musset est amoureuse délicate et fine dans le Barbier, et plus tard amante délaissée qui a tant de mal à comprimer les élans de son cœur. Chérubin, le petit page, apporte au milieu de personnages anxieux et tendus une note de fraîcheur et de volupté ingénue. Voilà plus que des silhouettes : Beaumarchais a créé des types.
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© Larousse / VUEF 2003

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